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Et Si J'étais fou ? Sommes nous tous fous ? Qu'est-ce que la folie ?
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Vous êtes tombé sur un article décrivant les symptômes de la schizophrénie, du trouble bipolaire ou d’un autre trouble mental… et soudain, vous avez eu un doute. Vous avez reconnu certains aspects de votre propre personnalité ou de votre comportement et vous vous demandez : « Et si j’étais fou ? »

Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul. Ce phénomène est courant et repose sur des biais cognitifs bien connus en psychologie. Voyons pourquoi nous avons tendance à nous identifier aux maladies mentales et comment différencier l’inquiétude légitime de l’auto-diagnostic erroné.


Pourquoi avons-nous l’impression de correspondre aux descriptions des troubles mentaux ?

« C’est peut-être parce que tout le monde est fou ? »

Effectivement, la théorie du continuum l’a mis en avant (voir article sur la schizophrénie) mais il n’y a pas que ça.

🔹L’effet Barnum : quand tout semble nous concerner

L’effet Barnum, aussi appelé effet Forer, désigne notre tendance à nous reconnaître dans des descriptions vagues et générales. C’est ce même effet qui nous fait croire que les horoscopes parlent précisément de nous :

« Vous avez besoin d’être aimé-e et admiré-e, et pourtant vous êtes critique avec vous-même. Vous avez certes des points faibles dans votre personnalité, mais vous savez généralement compenser pour ces lacunes. Par moment vous êtes très extraverti-e, bavard-e et sociable, tandis qu’à d’autres moments vous êtes introverti-e, circonspect-e, et réservé-e »

Les descriptions des psychopathologies contiennent souvent des éléments que chacun peut expérimenter à un moment ou un autre. Le terme le plus utilisé et le plus généralisable dans le domaine c’est « angoisse », tout le monde l’utilise à tout va, sans vraiment savoir ce qu’il signifie, c’est LE fourre-tout de la psychologie. Mais ressentir occasionnellement ces états ne signifie pas être malade. Ce qui distingue un trouble mental, c’est la fréquence, l’intensité et l’impact sur la vie quotidienne (APA, 2022).

🔹L’anxiété de l’auto-diagnostic

En lisant une liste de symptômes, notre cerveau fait des rapprochements rapides. Ce phénomène est amplifié par l’anxiété : plus nous avons peur d’être atteints d’un trouble, plus nous scrutons nos comportements à la recherche de signes confirmant nos craintes.

C’est ce qu’on observe dans l’hypocondrie psychologique : certaines personnes, en découvrant un trouble, sont convaincues qu’elles en souffrent, même en l’absence de signes cliniquement significatifs (Abramowitz, 2008).

« Donc je peux me persuader moi-même que je schizophrène ? Comment savoir si c’est vraiment le cas ? »


Comment savoir si mes inquiétudes sont justifiées ?

🔹L’intensité et la durée comptent

Un trouble mental ne se résume pas à un trait de personnalité ou à une réaction ponctuelle. Ce qui importe, c’est :

  • La fréquence : ressentez-vous ces symptômes quotidiennement ou s’agit-il d’épisodes rares ?

  • L’intensité : ces pensées ou comportements sont-ils envahissants au point d’impacter votre vie sociale et professionnelle ?

  • La souffrance associée : vous sentez-vous en détresse à cause de ces manifestations ?

Par exemple, tout le monde ressent parfois de l’anxiété. Mais si cette anxiété est constante, incontrôlable et perturbe votre travail ou votre sommeil, il peut s’agir d’un trouble anxieux généralisé (NIMH, 2021).

🔹Faire la différence entre « ressentir » et « souffrir »

Nous avons tous des moments d’enthousiasme ou de fatigue intense, mais cela ne signifie pas être bipolaire. Une personne atteinte d’un trouble bipolaire expérimente ces phases de façon extrême et déstabilisante, avec des comportements impulsifs ou des périodes de dépression profonde.

Il en va de même pour la schizophrénie : avoir une imagination débordante ou parler seul ne signifie pas être schizophrène. Ce trouble implique une rupture marquée avec la réalité, des hallucinations ou des délires persistants (WHO, 2023).


Que faire si je suis toujours inquiet ?

« Je peux toujours chercher sur le net ou les réseaux sociaux »

Surtout pas, rappelle toi du syndrome TikTok Bernadette !

🔹Évitez l’auto-diagnostic en ligne

Internet est une mine d’informations… mais aussi un piège. Lire des descriptions de troubles mentaux sans cadre médical peut renforcer votre anxiété plutôt que vous aider.

🔹Parlez-en à un professionnel

Si vos inquiétudes persistent et affectent votre quotidien, consulter un psychologue ou un psychiatre peut vous aider à y voir plus clair. Ces professionnels sont formés pour évaluer objectivement la présence d’un trouble et vous proposer des solutions adaptées.

🔹Prenez du recul

Avant de conclure que vous souffrez d’une psychopathologie, posez-vous ces questions :

  • Mes pensées ou comportements me causent-ils une souffrance quotidienne ?

  • Affectent-ils mon travail, mes relations, mon bien-être général ?

  • Sont-ils récurrents, persistants et envahissants ?

Si vous répondez « non » à ces questions, il est probable que votre inquiétude soit excessive plutôt qu’un véritable signe de trouble mental.

Bref…

vous n’êtes probablement pas « fou », mais simplement humain. Nous avons tous des pensées étranges, des émotions intenses ou des comportements inhabituels à certains moments de notre vie. Ce qui compte, c’est la manière dont cela impacte réellement votre quotidien. Si vous avez encore des doutes, ne restez pas seul avec vos inquiétudes : parler à un professionnel peut être un premier pas rassurant et libérateur.


Bibliographie

  • American Psychiatric Association (2022). What is Mental Illness?

  • Abramowitz, J. S. (2008). Understanding and Treating Health Anxiety: A Cognitive-Behavioral Approach.

  • Forer, Bertram R. (1949). The fallacy of personal validation: a classroom demonstration of gullibility. The Journal of Abnormal and Social Psychology 44(1): 118.

  • National Institute of Mental Health (2021). Anxiety Disorders.

  • World Health Organization (2023). Schizophrenia Fact Sheet.

FAQ : Vous vous posez encore des questions ?

Q : Je me retrouve dans la description de plusieurs troubles. Est-ce inquiétant ?

R : Pas nécessairement. De nombreuses caractéristiques des troubles mentaux sont des émotions et comportements normaux lorsqu’ils sont occasionnels et modérés. Ce qui fait la différence, c’est leur intensité et leur impact sur votre vie.

Q : Comment savoir si je dois consulter ?

R : Si vos préoccupations vous semblent envahissantes, provoquent une souffrance réelle ou perturbent votre quotidien, un avis professionnel est recommandé.

Q : Lire sur la psychologie peut-il me rendre hypocondriaque ?

R : Oui, dans certains cas. C’est un phénomène bien connu en psychologie : plus nous en savons sur les maladies, plus nous avons tendance à les voir en nous. Il est important de prendre du recul et de se rappeler que ressentir une émotion ou un comportement ponctuellement ne signifie pas être malade.


Marius François – Psychologue clinicien, Psychothérapeute, Hypnose, EMDR – Moulins (03)

Pour toute question, n’hésitez pas à consulter un psychologue afin d’avoir des réponses. Dans certaines situations, une seule consultation peut suffire. Les psychologues sont formés à la santé mentale et seront à même de répondre à vos interrogations et à vous proposer une prise en charge adaptée.

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