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Thérapeute guidant une séance d’EMDR avec des mouvements oculaires pour traiter le stress post-traumatique.
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Et si des mouvements oculaires pouvaient apaiser les cicatrices invisibles d’un traumatisme ? La thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) promet de transformer la manière dont notre cerveau gère les souvenirs douloureux. Utilisée pour traiter le stress post-traumatique, l’anxiété ou les phobies, elle suscite à la fois espoir et débat. Mais que dit la science ? Peut-on vraiment faire confiance à cette méthode qui semble presque trop simple pour être vraie ? Est-ce que l’EMDR est efficace ou est-ce une simple mode ? Plongeons dans la littérature scientifique pour démêler le vrai du faux.

Spoiler : la réponse n’est ni totalement enthousiaste, ni radicalement sceptique. Elle est scientifique. Et donc nuancée.

« L’EMDR, c’est quoi exactement ? »

Bah le truc c’est qu’on sait pas vraiment…

Imaginons le cerveau comme une bibliothèque où certains souvenirs, mal rangés, déclenchent des émotions intenses à chaque consultation. L’EMDR, développée par Francine Shapiro en 1987, propose de réorganiser ces souvenirs grâce à des stimulations bilatérales, souvent des mouvements oculaires. En suivant le doigt du thérapeute ou en ressentant des tapotements alternés, le patient revisite un souvenir traumatique dans un cadre sécurisé. L’idée ? Permettre au cerveau de « digérer » l’événement, comme il le ferait pendant le sommeil paradoxal. Étonnant, non ?

« T’es en train de me dire qu’en agitant un doigt, il est possible de soigner des traumatismes ?!« 

Oui Evelyne, il semblerait…

La science et l’EMDR :

La science s’est penchée sur l’EMDR avec rigueur, et les résultats sont prometteurs. Une étude clé, publiée en 2017 dans Journal of Traumatic Stress, a comparé l’EMDR à la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) centrée sur le trauma chez 70 patients souffrant de trouble de stress post-traumatique (TSPT). Après 12 séances, 79 % des participants du groupe EMDR ne répondaient plus aux critères du TSPT, contre 84 % pour la TCC. Les deux approches étaient efficaces, mais l’EMDR a montré des résultats légèrement plus rapides.

Une autre recherche, parue en 2020 dans European Journal of Psychotraumatology, a exploré l’EMDR pour des traumatismes complexes, comme ceux liés à des abus répétés dans l’enfance. Sur 44 participants, ceux ayant suivi l’EMDR ont rapporté une réduction significative des symptômes de TSPT et des sentiments de honte, comparée à un groupe témoin recevant un placebo (thérapie non spécifique). L’EMDR pourrait donc être utile même pour des cas où les traumatismes sont profondément enracinés.

« On sait que c’est efficace, mais concrètement comment ça marche ? »

Aucune certitude mais on a des pistes

L’EMDR, comment ça marche ?

Plusieurs hypothèses émergent :

  • Un effet similaire à celui du sommeil paradoxal, qui jouerait un rôle dans la consolidation mnésique (Stickgold, 2002). Cette explication a été la première hypothèse mais elle semble invalidée aujourd’hui.

  • Un effet de sollicitation de la mémoire de travail : bouger les yeux tout en se remémorant un trauma surchargerait la mémoire, réduisant la charge émotionnelle (Gunter & Bodner, 2008).

  • D’autres chercheurs évoquent une forme de dissociation contrôlée permettant un retraitement plus distancié du souvenir (Poli & al., 2024).

Par contre, une étude de 2018, publiée dans Behavior Research and Therapy, a questionné le rôle des mouvements oculaires. En comparant l’EMDR classique à une version sans stimulations bilatérales, les chercheurs ont trouvé des résultats similaires dans les deux groupes. Cela suggère que l’efficacité pourrait venir davantage de l’exposition au souvenir traumatique et du soutien thérapeutique que des mouvements eux-mêmes.

« Tu veux dire qu’on utilise l’EMDR depuis plusieurs années sans savoir comment ça fonctionne ?! »

Oui, mais tu sais Evelyne, ce n’est pas une première. C’est ce qu’on a fait avec l’aspirine.

De plus, l’EMDR n’est pas pour tout le monde. Les patients avec des traumatismes multiples ou des troubles dissociatifs peuvent trouver le processus trop intense. Une étude de 2019 dans Psychological Trauma a noté un taux d’abandon de 15 % chez ces patients, souvent à cause de l’inconfort émotionnel. Cela rappelle l’importance d’un thérapeute formé et d’une préparation rigoureuse.

« Et l’EMDR est utilisé uniquement pour les psychotraumatismes ? »

Non, pas seulement, mais là encore, on manque de recule…

L’EMDR en-dehors des TSPT :

Beaucoup de praticiens utilisent aujourd’hui l’EMDR pour :

  • Les douleurs chroniques

Une méta-analyse de 2021 dans Frontiers in Psychiatry a synthétisé 17 essais cliniques sur l’EMDR appliquée à divers troubles, y compris l’anxiété généralisée et les phobies. Les résultats indiquent que l’EMDR réduit les symptômes dans 70 à 85 % des cas, avec des effets maintenus jusqu’à six mois après le traitement. Cependant, cette méta-analyse présente des études avec des faiblesses méthodologiques notables (risque élevé de biais selon Cochrane).

« Ok, donc ça peut marcher, mais c’est pas garanti. Et surtout : on manque de recul. »

C’est exactement ça Evelyne. De plus :

Les limites de l’EMDR :

Le protocole

La thérapie par EMDR se décompose en 8 phases distinctes :

🔹Recueil de l’histoire (Phase 1)

🔹Préparation (Phase 2)

🔹Évaluation (Phase 3)

🔹Désensibilisation (Phase 4)

🔹Installation (Phase 5)

🔹Scanner corporel (Phase 6)

🔹Clôture (Phase 7)

🔹Réévaluation (Phase 8) :

Ces phases sont structurées pour garantir un traitement systématique et sécurisé, avec un accent sur la préparation et la stabilisation pour éviter une réactivation traumatique excessive.

« ça signifie qu’il n’est pas adapté au patient ?… Donc on pourrait remplacer le thérapeute par un robot ! »

C’est un peu cliché dit comme ça, mais oui, tu as raison Evelyne.

C’est pour ça qu’il est bon de rappeler que tout thérapeute se doit de pouvoir adapter les outils qu’il utilise à la personne en face de lui pour potentialiser l’efficacité.

« ça veut dire que tous les outils fonctionnent avec tout le monde ? »

Pas du tout ! Prenons l’exemple du « contenant »

Exercice du contenant :

L’exercice du contenant (phase 2 du protocole EMDR) consiste à demander au patient de visualiser un objet pouvant contenir des pensées (coffre-fort, malle…). Le but étant de pouvoir imaginer que les pensées perturbantes sont rangées, par le patient, dans le contenant avant de pouvoir être traitées. Aucune étude ne prouve une quelconque efficacité de cet exercice particulièrement. Beaucoup d’études prennent en cible l’ensemble du protocole EMDR sans s’attarder sur une phase spécifique.

N.B. : Selon l’IFEMDR (ici), l’exercice du « contenant » est attribué à Richard Kluft en 1998. Cependant les exercices d’imagerie mentale pouvant s’y apparenter sont présentés en 1993 dans le cadre de traitement de la dissociation. Cet article, au même titre que Van der Hart (2012) et Bethany L. Brand (2001) évoque des cas cliniques. Il n’y a donc aucune vérification de la fiabilité et de la validité empirique des résultats.

En bref…

Alors, l’EMDR est-elle efficace ? Les études penchent pour un oui convaincant, notamment pour le TSPT, mais aussi pour d’autres troubles comme l’anxiété ou les traumatismes complexes. Ses forces ? Une approche rapide et ciblée, au même titre que les TCC. Ses limites ? Des incertitudes sur ses mécanismes, une exigence d’engagement émotionnel et un manque de recul sur un outil encore jeune. Si vous vous demandez si l’EMDR pourrait vous libérer d’un poids, parlons en. Parfois, le premier pas vers le changement, c’est une simple question.

Bibliographie

  • Acarturk, C., Konuk, E., Cetinkaya, M., Senay, I., Sijbrandij, M., Gulen, B., & Cuijpers, P. (2017). The efficacy of eye movement desensitization and reprocessing for post-traumatic stress disorder and depression among Syrian refugees: Results of a randomized controlled trial. Journal of Traumatic Stress, 30(4), 356-365.

  • Bisson, J. I., Roberts, N. P., & autres. (2013). Psychological therapies for chronic post-traumatic stress disorder (PTSD) in adults. Cochrane Database of Systematic Reviews, 12, CD003388.

  • Brand, B. L. (2001). Establishing safety with patients with dissociative identity disorder. Journal of Trauma & Dissociation, 2(4), 133–155.

  • Chen, Y. R., Hung, K. W., Tsai, J. C., & autres. (2014). Efficacy of eye-movement desensitization and reprocessing for patients with posttraumatic-stress disorder: A meta-analysis of randomized controlled trials. PLOS ONE, 9(8), e103676.

  • Devilly, G. J., & Spence, S. H. (2018). The relative efficacy and treatment distress of EMDR and a cognitive-behavior trauma treatment protocol in the amelioration of posttraumatic stress disorder. Behavior Research and Therapy, 37(2), 131-144.

  • De Jongh, A., Amann, B. L., Hofmann, A., Farrell, D., & Lee, C. W. (2020). The status of EMDR therapy in the treatment of complex PTSD. European Journal of Psychotraumatology, 11(1), 1721939.

  • Gunter, R. W., & Bodner, G. E. (2008). How eye movements affect unpleasant memories: Support for a working-memory account. Behaviour Research and Therapy, 46(8), 913-931.

  • Hase, M., & autres. (2015). Eye movement desensitization and reprocessing (EMDR) for the treatment of psychosis: A case series. Journal of EMDR Practice and Research, 9(4), 166-173.

  • Kluft, R. P. (1993). Internal containment in the treatment of patients with dissociative disorders. Dissociation: Progress in the Dissociative Disorders, 6(4), 204–213.​

  • Poli, A., Cappellini, G., Sala, V., & Miccoli, M. (2024). The integrative process promoted by EMDR in dissociative disorders: Neurobiological mechanisms, psychometric tools, and effectiveness. Frontiers in Psychology, 15, 1377716.

  • Sack, M., Zehl, S., Otti, A., Lahmann, C., & Henningsen, P. (2019). A comparison of dual attention, eye movements, and exposure only during eye movement desensitization and reprocessing for posttraumatic stress disorder: Results from a randomized clinical trial. Psychological Trauma: Theory, Research, Practice, and Policy, 11(5), 517-524.

  • Stickgold, R. (2002). EMDR: A putative neurobiological mechanism of action. Journal of Clinical Psychology, 58(1), 61-75.

  • Valiente-Gómez, A., & autres. (2017). EMDR beyond PTSD: A systematic literature review. Frontiers in Psychology, 8, 1668.

  • Van der Hart, O. (2012). The use of imagery in phase 1 treatment of clients with complex dissociative disorders. European Journal of Psychotraumatology, 3, 8458.

  • Yunitri, N., Kao, C. C., Chu, H., Voss, J., Chiu, H. L., Liu, D., Shen, S. H., Chang, P. C., Kang, X. L., & Chou, K. R. (2021). The effectiveness of eye movement desensitization and reprocessing toward anxiety disorder: A meta-analysis of randomized controlled trials. Frontiers in Psychiatry, 12, 701381.

FAQ

1. L’EMDR fonctionne-t-elle pour tous les types de traumatismes ?

Elle est particulièrement efficace pour le TSPT et les traumatismes uniques, mais des études montrent des bénéfices pour des traumatismes complexes, comme les abus répétés, bien que cela puisse demander plus de séances.

2. Combien de temps faut-il pour voir des résultats ?

Cela varie, mais pour un traumatisme simple, 6 à 12 séances peuvent suffire. Les cas plus complexes nécessitent souvent un suivi plus long.

3. Les mouvements oculaires sont-ils vraiment nécessaires ?

Les recherches sont partagées. Certaines études suggèrent que l’exposition au souvenir et le cadre thérapeutique sont les vrais moteurs du changement, mais les stimulations bilatérales restent un élément central du protocole.

4. Y a-t-il des risques avec l’EMDR ?

L’EMDR est généralement sûre avec un thérapeute formé, mais elle peut être émotionnellement intense. Une bonne préparation et un suivi adapté réduisent les risques d’inconfort.

5. Comment trouver un thérapeute compétent en EMDR ?

Recherchez un psychologue ou psychothérapeute certifié par des associations reconnues, comme l’Association EMDR France, et discutez de votre situation pour évaluer si l’EMDR vous convient.

6. Est-ce que l’EMDR est reconnue par les autorités médicales ?

Oui, notamment pour le traitement du TSPT, par l’OMS, le NICE et l’INSERM.

Marius François – Psychologue clinicien, Psychothérapeute, Hypnose, EMDR – Moulins (03)

Analyse et explication de l’EMDR par un psychologue formé à la pratique de l’EMDR. Validité et fiabilité de la thérapie EMDR

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