Imagine la scène. Tu es dans le métro bondé de 18 h 47, ou au rayon fruits et légumes d’un supermarché un samedi matin, ou simplement assis dans ton canapé en train de regarder une série.
Et soudain, sans prévenir, ton cœur se met à cogner comme s’il voulait sortir de ta poitrine. Tu sens une vague de chaleur, tes jambes tremblent, tu as l’impression que l’air ne rentre plus, que tu vas t’évanouir ou faire une crise cardiaque. En trente secondes, tu es convaincu que tu vas mourir.
Là.
Tout de suite.
« C’est la première fois que ça m’arrive… j’ai cru que j’allais crever sur place. »
Je sais Paul. C’est ce que dit systématiquement la personne en face de moi lorsqu’on parle d’attaque de panique.
Un peu d’histoire : d’où vient ce « monstre » qu’on appelle attaque de panique ?
Ces crises ne datent pas d’hier, avant qu’on en parle en psychothérapie, on les traitait comme des mystères cardiaques.
« Ah ouais ? Genre, au Moyen Âge, on pensait à la sorcellerie ? »
Pas loin !
Chez les soldats de la guerre de Sécession, on appelait ça le ‘syndrome de Da Costa’ : des palpitations folles sans rien au cœur. Et Freud, en 1895, a posé le mot-clé : l’‘angoisse d’angoisse’, la peur de la peur elle-même devient le moteur (Clark, 1986).
L’attaque de panique n’a été officiellement reconnue comme entité diagnostique qu’en 1980 avec le DSM-III (American Psychiatric Association, 1980). Avant cela, on parlait de « crise d’angoisse aiguë » ou de « névrose cardiaque ».
Qui ça touche ?
Les attaques de panique concernent : 2-3 % de la population pour le trouble panique complet, deux fois plus chez les femmes, début souvent entre 20 et 30 ans (Kessler et al., 2006). Les attaques isolées concernent jusqu’à 13 % des gens, qui en vivent au moins une.
Les symptômes officiels (DSM-5 & CIM-11)
Au moins 4 des 13 symptômes classiques (palpitations, sueurs, tremblements, sensation d’étouffement, douleur thoracique, vertiges, déréalisation, peur de mourir, peur de devenir fou…). Le pic arrive en moins de 10 minutes, redescente spontanée en 20-30 minutes (Craske et al., 2010).
En cas de doute, n’hésite pas à consulter un psychologue. Le psychologue pourra t’aider à voir claire dans la symptomatologie. Il prendra aussi en compte le contexte, ce qui est primordial pour comprendre les attaques de panique.
« Mais c’est quoi le rapport avec la peur d’avoir peur ? »
Doucement Paul, respire un coup, on y arrive
Le cercle vicieux : comment la panique s’auto-alimente
- Déclencheur insignifiant
- Interprétation catastrophique
- Activation du système nerveux
- Renforcement de la croyance
En d’autres termes, ton cœur palpite pour une raison ou une autre (comme il peut le faire souvent de manière anodine). Ton cerveau détecte cette palpitation et l’interprète comme les prémices de quelque chose de grave et d’immédiat. Il devient encore plus attentif à ce qu’il se passe dans ton corps. Le stress et l’anxiété démarrent. Le stress déclenche des symptômes physiques, qui accentuent l’interprétation catastrophique de ton cerveau et l’attaque de panique est lancée… Ton psychologue te l’expliquera très bien.
Pour plus d’informations sur le processus.
Puis vient la cinquième étape, la plus sournoise…
Les stratégies d’évitement : la prison invisible
« Paul, depuis ta première grosse attaque dans le métro, tu fais comment pour aller travailler ? »
« Ben… je prends le taxi, je télétravaille, ou je demande à ma femme de m’accompagner. »
« Et quand tu es obligé d’y aller seul ? »
« Je… j’ai toujours une bouteille d’eau, mon téléphone chargé, un Xanax dans la poche, je m’assois près de la porte… »
« Et résultat ? »
« Je suis crevé, je ne vis plus, mais au moins je n’ai pas fait de crise cette semaine. »
Exactement. Soulagement immédiat… mais aggravation sur le long terme. C’est aussi ce que l’on retrouve dans le trouble de stress post traumatique. Tous les psychologues vous le diront, ce n’est pas une solution viable.
Les stratégies les plus courantes :
Les stratégies d’évitement les plus courantes (et les plus efficaces… pour entretenir le trouble) :
- Évitement pur et dur : plus de métro, plus de supermarché, plus de sport, plus de café, plus de foule, plus de cinéma.
- Évitement subtil : toujours accompagné(e), toujours près de la sortie, toujours un anxiolytique dans la poche « au cas où ».
- Comportements sécurisants : bouteille d’eau, ventilateur portable, vérifier son pouls 50 fois par jour, s’asseoir dès qu’on sent une sensation bizarre, appeler quelqu’un en urgence.
- Hyper-contrôle de la respiration ou de la posture (« si je respire mal, ça va déclencher une crise »).
Problème ? Ces stratégies fonctionnent… à court terme. Elles baissent l’anxiété immédiate, donc le cerveau les renforce (« bravo, tu as évité le danger »).
Résultat : la peur des sensations reste intacte, voire augmente, et le champ de vie se rétrécit comme une peau de chagrin. C’est exactement ce qu’on appelle le renforcement négatif (Bouton et al., 2001 ; Barlow & Craske, 2007).
La sortie de secours : l’exposition
« Donc si j’arrête d’éviter, je vais faire des crises non-stop ? »
« Non Paul. Tu vas en faire quelques-unes, oui. Mais encadrées, programmées, et tu vas découvrir que tu survis à 100 % d’entre elles. »
Cette technique, c’est réapprendre au cerveau qu’il n’y a pas danger, et petit à petit, ton cerveau arrête de sonner l’alarme incendie.
L’exposition (interoceptive + in vivo) consiste précisément à lâcher ces béquilles une à une, de façon progressive et sécurisée.
Dur au début. Libérateur ensuite.
Les croyances catastrophiques : le carburant du feu
71 % croient à un infarctus, 58 % à l’évanouissement, 47 % à la folie (Casey et al., 2004). Et le fait qui surprend toujours les patients en consultation : Aucune personne en bonne santé n’est jamais morte ou n’a jamais perdu connaissance uniquement à cause d’une attaque de panique.
Zéro cas documenté dans le monde entier (Barlow & Craske, 2007 ; Meuret et al., 2010).
Les traitements efficaces (scientifiquement prouvés)
- TCC spécialisée : 70 à 90 % de succès
- Exposition interoceptive : cœur du traitement moderne
- ISRS / SNRI : médicaments de première ligne
- Benzodiazépines : uniquement court terme et cas exceptionnel
- Nouvelles pistes : ACT, réalité virtuelle (Carl et al., 2019), TCC digitale (Jung et al., 2025)
D’autres techniques connues des psychologues sont très efficaces contre les attaques de paniques.
En bref…
Une attaque de panique, c’est une alarme incendie qui hurle alors qu’il n’y a pas le feu. L’évitement, c’est comme vivre avec un extincteur collé à la main 24 h/24 : tu te sens « protégé », mais tu ne vis plus. Tu n’es pas en danger. Tu es juste coincé dans un mécanisme que l’on sait désactiver très efficacement aujourd’hui. Prends rendez-vous avec un psychologue si ça te parle.
Ça change la vie, vraiment.
Bibliographie (APA)
- American Psychiatric Association. (1980). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (3rd ed.). American Psychiatric Association.
- American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5th ed.). American Psychiatric Association. https://doi.org/10.1176/appi.books.9780890425596
- Barlow, D. H. (2002). Anxiety and its disorders: The nature and treatment of anxiety and panic (2nd ed.). Guilford Press.
- Barlow, D. H., & Craske, M. G. (2007). Mastery of your anxiety and panic: Workbook (4th ed.). Oxford University Press.
- Batelaan, N. M., Van Balkom, A. J. L. M., & Stein, D. J. (2017). The efficacy of pharmacotherapy for anxiety disorders. The Lancet Psychiatry, 4(11), 886–897.
- Bouton, M. E., Mineka, S., & Barlow, D. H. (2001). A modern learning theory perspective on the etiology of panic disorder. Psychological Review, 108(1), 4–32. https://doi.org/10.1037/0033-295X.108.1.4
- Carl, E., Stein, A. T., Levihn-Coon, A., Pogue, J. R., Rothbaum, B., Emmelkamp, P., Asmundson, G. J. G., Carlbring, P., & Powers, M. B. (2019). Virtual reality exposure therapy for anxiety and related disorders: A meta-analysis of randomized controlled trials. Clinical Psychology Review, 67, 1–14. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2018.08.003
- Casey, L. M., Oei, T. P. S., Newcombe, P. A., & Kenardy, J. (2004). Misinterpretation of body sensations in panic disorder. Journal of Anxiety Disorders, 18(4), 485–499. https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2003.09.001
- Clark, D. M. (1986). A cognitive approach to panic. Behaviour Research and Therapy, 24(4), 461–470. https://doi.org/10.1016/0005-7967(86)90011-2
- Craske, M. G., & Barlow, D. H. (2019). Mastery of your anxiety and panic: Therapist guide (5th ed.). Oxford University Press.
- Craske, M. G., Kircanski, K., Epstein, A., Wittchen, H.-U., Pine, D. S., Lewis-Fernández, R., & Barlow, D. H. (2010). Panic disorder: A review of DSM-IV panic disorder and proposals for DSM-V. Depression and Anxiety, 27(2), 93–112. https://doi.org/10.1002/da.20654
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- Gorman, J. M., Kent, J. M., Sullivan, G. M., & Coplan, J. D. (2000). Neuroanatomical hypothesis of panic disorder, revised. American Journal of Psychiatry, 157(4), 493–505. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.157.4.493
- Guaiana, G., Barbui, C., Caldwell, D. M., Davies, S. J. C., Furukawa, T. A., Imai, H., Koesters, M., Tajika, A., Bighelli, I., Pompoli, A., & Cipriani, A. (2023). Pharmacological treatments in panic disorder in adults: A network meta-analysis. Cochrane Database of Systematic Reviews, (11), Article CD012729. https://doi.org/10.1002/14651858.CD012729.pub3
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- Kessler, R. C., Chiu, W. T., Jin, R., Ruscio, A. M., Shear, K., & Walters, E. E. (2006). The epidemiology of panic attacks, panic disorder, and agoraphobia in the National Comorbidity Survey Replication. Archives of General Psychiatry, 63(4), 415–424. https://doi.org/10.1001/archpsyc.63.4.415
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FAQ
Une attaque de panique peut-elle provoquer l’arrêt cardiaque ?
Non — sauf pathologie cardiaque sous-jacente. Les symptômes sont impressionnants, mais non dangereux.
Est-ce que les attaques peuvent disparaître sans traitement ?
Les attaques isolées, oui. Le trouble panique complet, rarement. Le traitement augmente fortement les chances de guérison.
L’exercice est-il dangereux ?
Au contraire : l’exercice est bénéfique et même utilisé en thérapie pour désensibiliser le corps.
Et l’alcool ou le cannabis ?
Ils soulagent sur le moment, mais aggravent les symptômes à long terme (plus d’infos ici)
Peut-on faire une attaque de panique en dormant ?
Oui, cela s’appelle une attaque de panique nocturne.
Mon cœur est normal selon le cardiologue, pourquoi je continue à paniquer ?
Parce que le problème ne vient pas du cœur… mais de l’interprétation du cerveau.
Tu n’es pas seul
Si tu te reconnais dans tout ça : prends rendez-vous. On sait comment t’en sortir, et ça change la vie.
Marius François – Psychologue clinicien, Psychothérapeute, Hypnose, EMDR – Moulins (03)
Les attaques de panique se soignent très bien avec l’aide d’un psychologue. Pour plus d’informations, tournez vous vers un psychologue. 4 à 6 séances de psychothérapie avec un psychologue suffisent généralement pour traiter cette problématique.
