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Illustration de la peur du conflit et de l'inhibition émotionnelle, cabinet François Marius Psychologue à Moulins.
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Imaginez la scène : vous êtes en plein repas de famille ou en réunion. Quelqu’un lance une réflexion qui vous pique, une de ces phrases qui « passent mal ». À l’intérieur, c’est l’ébullition : votre cœur s’accélère, une boule se forme au creux de votre estomac. Vous avez la réponse parfaite, celle qui remettrait les pendules à l’heure. Mais au moment d’ouvrir la bouche, un mur invisible se dresse. Vous souriez nerveusement, vous changez de sujet ou vous acquiescez.

La peur du conflit, c’est cette tendance à ravaler ses frustrations pour « préserver la paix ». C’est humain, souvent appris tôt dans la vie. Mais quand ça devient automatique, ça pèse sur le moral, sur le corps et sur les relations. Voici ce que dit la science sur les vraies raisons, les conséquences cachées, et comment s’en libérer petit à petit.

1. Le conflit perçu comme une menace vitale

« Hé le psychologue, t’y vas un peu fort là non ?! C’est juste un manque de courage »

Pas du tout Ben !

Pour votre cerveau, une dispute n’est pas « juste des mots » : c’est une menace d’exclusion sociale. Et chez les mammifères sociaux comme nous, l’exclusion active les mêmes circuits que la douleur physique.

La preuve scientifique : Des travaux pionniers en IRMf ont montré que le rejet social active le cortex cingulaire antérieur dorsal (dACC), la même zone impliquée dans la détresse physique liée à une blessure (Eisenberger et al., 2003). Votre cerveau ne distingue pas vraiment entre un coup de poing et un rejet relationnel.

Résultat : confrontation = danger → silence pour survivre.

2. Le « fawn response » : la soumission pour apaiser et survivre

Face au danger, on connaît le combat, la fuite ou le gel. Mais il existe une quatrième réponse : le fawning (ou complaisance), cette tendance à s’écraser, à plaire, à dire oui pour désamorcer la menace.

Ce mécanisme est décrit dans la littérature sur le trauma complexe comme une stratégie de survie, particulièrement chez ceux qui ont vécu des relations traumatisantes ou abusives dans l’enfance. Le cerveau sacrifie ses propres besoins pour maintenir le lien et éviter l’abandon ou la violence (Walker, 2013). C’est une réponse du système nerveux autonome : mieux vaut se fondre dans les attentes de l’autre que risquer la rupture.

3. L’auto-silence : se taire pour « protéger » la relation

On se tait souvent en pensant que c’est mieux pour l’autre, pour la relation. C’est ce que les chercheurs appellent le silencing the self (auto-silence).

Dana Jack a développé la Silencing the Self Scale et montré que les personnes qui répriment systématiquement leurs opinions et besoins pour éviter les conflits présentent des niveaux de dépression significativement plus élevés (Jack, 1991). Le silence n’est pas une zone de paix : c’est un incubateur de pathologie.

4. Le coût biologique du secret et de l’inhibition

« Au moins, si je ne dis rien, je suis tranquille. »

Faux !

Votre corps paie la facture. Réprimer ses émotions et pensées crée un stress physiologique chronique.

L’inhibition prolongée des émotions active excessivement le système nerveux sympathique, augmente le rythme cardiaque et élève le cortisol sur la durée (Pennebaker, 1989). Les stresseurs sociaux impliquant menace évaluative ou manque de contrôle provoquent des fortes sécrétions de cortisol (Dickerson & Kemeny, 2004). À long terme : fragilisation immunitaire, fatigue chronique, troubles somatiques.

5. L’évitement expérientiel : pourquoi c’est si dur de changer

Se taire procure un soulagement immédiat : l’angoisse de la confrontation baisse d’un coup. Votre cerveau apprend que le silence = bien-être.

« C’est le même fonctionnement que l’anxiété ? »

Absolument !

C’est un principe clé de la TCC et de la thérapie ACT : l’évitement expérientiel est maintenu par un renforcement négatif. En fuyant l’inconfort du conflit, l’anxiété diminue instantanément, ce qui renforce le comportement d’évitement (Hayes et al., 1996). C’est un cercle vicieux : plus on évite, plus on évite.

Les conséquences globales : quand le silence fait plus de bruit

Éviter les conflits crée une harmonie de façade, mais accumule du ressentiment, de l’incertitude relationnelle et de la détresse. Des études montrent que l’évitement chronique est lié à plus d’anxiété, de dépression et à des relations moins solides (Bruce et al., 2022). À l’inverse, affronter les conflits de façon constructive réduit le stress et renforce la résilience.

Comment s’en sortir ?

Bonne nouvelle : on peut rééduquer ce câblage de survie. Commencez petit, avec patience.

  • Exposition graduée : Listez des situations conflictuelles de la plus facile à la plus dure et affrontez-les pas à pas. Ça habitue le cerveau et réduit la peur (Italia et al., 2022).

  • Affirmations en « je » : « Je me sens blessé quand… » au lieu de « Tu m’énerves ». Ça désamorce et favorise la coopération (Rogers et al., 2018).

  • Respiration et mindfulness : Soupir cyclique ou observation des pensées pour calmer l’amygdale et réévaluer les risques (Long & Christian, 2020).

  • Assertivité et soutien : TCC ou thérapie des schémas pour booster l’affirmation de soi (Speed et al., 2018). L’hypnose peut aussi aider à travailler les peurs inconscientes.

Apprendre à s’affirmer, ce n’est pas devenir agressif : c’est rassurer votre système nerveux que vous pouvez exister sans disparaître.

En bref…

La peur du conflit est un câblage de survie : le rejet fait mal comme une blessure physique (Eisenberger et al., 2003), le fawning protège le lien (Walker, 2013), l’auto-silence nourrit la dépression (Jack, 1991), et l’inhibition coûte cher au corps (Pennebaker, 1989 ; Dickerson & Kemeny, 2004). L’évitement renforce tout ça par soulagement immédiat (Hayes et al., 1996). Mais avec de petites expositions, des « je » statements et de la bienveillance envers soi, on peut changer. Des liens plus authentiques et une meilleure santé mentale en valent la peine.

Bibliographie

  • Bruce, M. J., Chang, A., Evans, L., Streb, M., Dehon, J., & Handal, P. J. (2022). Relationship of conflict, conflict avoidance, and conflict resolution to psychological adjustment. Psychological Reports, 127(5), 2324–2333. https://doi.org/10.1177/00332941221146708
  • Dickerson, S. S., & Kemeny, M. E. (2004). Acute stressors and cortisol responses: A theoretical integration and synthesis of laboratory research. Psychological Bulletin, 130(3), 355–391. https://doi.org/10.1037/0033-2909.130.3.355
  • Hayes, S. C., Wilson, K. G., Gifford, E. V., Follette, V. M., & Strosahl, K. (1996). Experiential avoidance and behavioral disorders: A functional dimensional approach to diagnosis and treatment. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 64(6), 1152–1168. https://doi.org/10.1037/0022-006X.64.6.1152
  • Italia, M., Baccarani, A., & Di Marco, A. (2022). Preclinical and clinical evidence on the approach-avoidance conflict evaluation as an integrative tool for psychopathology. Frontiers in Psychiatry, 13, Article 976214. DOI: 10.1017/S2045796022000725
  • Jack, D. C. (1991). Silencing the self: Women and depression. Harvard University Press.
  • Long, E. C. J., & Christian, M.S. (2020). Cultivating a conflict-positive workplace: How mindfulness facilitates constructive conflict management. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 159, 8–20. https://doi.org/10.1016/j.obhdp.2020.02.005
  • Rogers, S. L., Howieson, J., & Neame, C. (2018). I understand you feel that way, but I feel this way: The benefits of I-language and communicating perspective during conflict. PeerJ, 6, Article e4831. https://doi.org/10.7717/peerj.4831
  • Speed, B. C., Goldstein, B. L., & Goldfried, M. R. (2018). Assertiveness training: A forgotten evidence-based treatment. Clinical Psychology: Science and Practice, 25(1), Article e12216. https://doi.org/10.1111/cpsp.12216
  • Walker, P. (2013). Complex PTSD: From surviving to thriving. Azure Coyote Publishing.

FAQ

Est-ce que se taire pour éviter le conflit, c’est de la faiblesse ?

Non, c’est une stratégie de survie apprise, souvent dès l’enfance. Reconnaître ça est déjà un pas vers plus d’assertivité (Walker, 2013 ; Speed et al., 2018).

Comment savoir si c’est devenu problématique ?

Si le silence crée du ressentiment, de la fatigue chronique ou des relations superficielles, c’est un signal. L’évitement chronique augmente la détresse (Bruce et al., 2022).

Et si l’autre réagit mal quand je m’exprime ?

Possible, mais les « je » statements et le calme réduisent les risques. La communication assertive favorise souvent la compréhension mutuelle (Rogers et al., 2018).

Combien de temps pour changer ?

Quelques semaines avec une pratique régulière de l’exposition graduée et de la mindfulness (Italia et al., 2022).

L’hypnose peut aider ?

Oui, elle est utile pour réduire l’anxiété liée aux peurs inconscientes et compléter la TCC.

Marius François – Psychologue clinicien, Psychothérapeute, Hypnose, EMDR – Moulins (03)

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