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Femme en crise de panique dans un ascenseur, cœur qui s’emballe et sueurs froides – illustration d’une phobie spécifique traitée efficacement par un psychologue
Dans

Il y a des peurs dont on sourit entre amis :
« J’aime pas trop les araignées », « Les avions, c’est pas mon truc ».

Et puis il y a ces peurs qui ne font plus rire du tout. Celles qui serrent la gorge avant même d’avoir croisé l’objet redouté. La simple idée d’un ascenseur, d’un chien, d’une prise de sang suffit à déclencher une tempête intérieure : cœur qui s’emballe, sueurs froides, certitude absolue qu’on va mourir.

« Je sais que c’est ridicule mais je préfère marcher 3 heures sous la pluie plutôt que de prendre le métro… »

Ce n’est pas ridicule John, c’est une tentative de survie dysfonctionnelle

En tant que psychologue, je vous le confirme : ce n’est ni ridicule, ni un manque de courage. C’est une phobie spécifique, un des troubles anxieux les plus fréquents (7–12 % de la population ; Eaton et al., 2018 ; Wardenaar et al., 2023) — et l’un des plus rapidement curables.


Qu’est-ce qu’une phobie spécifique, selon la science ?

Une phobie spécifique est une peur intense, immédiate, disproportionnée et persistante (> 6 mois) déclenchée par un objet ou une situation précise, avec évitement actif accompagnée d’une détresse massive (DSM-5-TR, 2022 ; ICD-11, 2019).

« C’est juste un bon gros coup de flippe ! »

Non, c’est bien plus que ça

Ce qui se passe dans le cerveau

1. L’alarme se déclenche en un éclair

L’amygdale (notre détecteur de danger primitif) et le locus cœruleus (la petite usine à adrénaline) réagissent en moins d’une fraction de seconde dès que l’objet phobique apparaît… ou même juste quand vous y pensez (LeDoux & Pine, 2016 ; Mobbs et al., 2024).C’est plus rapide qu’un battement de cils.

Résultat : le corps passe en mode « survie immédiate » : cœur qui s’emballe, sueurs froides, souffle coupé, jambes qui tremblent ou qui veulent fuir à toute vitesse. Vous n’avez même pas eu le temps de penser « c’est ridicule » que l’attaque de panique est déjà lancée.

2. Le « frein » du cerveau ne répond plus

Normalement, une zone juste derrière votre front – le cortex préfrontal ventromédian – joue le rôle de grand frère calme : il reçoit le signal de l’amygdale et répond « Relax, il n’y a rien ».

Chez les personnes phobiques, ce lien est abîmé ou trop faible. L’alarme hurle, mais le message rassurant n’arrive jamais à passer. Vous savez très bien que l’araignée est inoffensive ou que l’avion est sûr… mais votre cerveau émotionnel refuse de l’entendre.

3. Plus vous fuyez, plus la peur gagne du terrain

À chaque fois que vous évitez (escaliers au lieu de l’ascenseur, annulation du vol, regard détourné devant une seringue), votre cerveau applaudit : « Bravo ! Tu viens d’échapper à la mort ! ». Il renforce alors le circuit de peur – c’est ce qu’on appelle une réponse conditionnée. Exactement comme le chien de Pavlov qui salive dès qu’il entend la cloche, même s’il n’y a plus de nourriture.

Résultat : même si votre tête dit « c’est idiot », votre corps continue de crier « DANGER ! » plus fort que jamais.

En résumé : dans une phobie, le système d’alarme est devenu hypersensible et le frein est cassé. Mais la bonne nouvelle, c’est que ces deux choses se réparent très bien – et très vite – avec les bons exercices (l’exposition). Après quelques séances, l’alarme se calme et le frein reprend enfin le contrôle.

« Donc il s’agit simplement d’une réponse disproportionnée face à une peur »

Oui et elle peut apparaître de plusieurs façons différentes


Comment apparaît une phobie ?

1. Conditionnement direct

Un événement aversif crée une association durable.
Exemples : morsure, turbulence violente, piqûre traumatique (Field, 2006 ; Muris & Merckelbach, 2023).

2. Conditionnement vicariant

La peur se transmet en observant un proche réagir avec panique (Askew & Field, 2007 ; Coelho & Purkis, 2022).

3. Transmission verbale / information

Les messages effrayants répétés dans l’enfance « une araignée peut te tuer » (Rachman, 1977 ; Askew et al., 2024).

4. Prédisposition évolutive + imagination

Certaines peurs sont “préparées” par l’évolution (serpents, vide).
Parfois, un scénario mental suffit à conditionner la peur (Öhman & Mineka, 2001 ; Murphy et al., 2017).

Pour plus d’informations => ICI

« ça ressemble beaucoup au psychotraumatisme quand même »

C’est vrai, mais c’est tout de même différent


Phobie ou TSPT ?

CritèrePhobie spécifiqueTSPT avec évitement phobique
DéclencheurStimulus non dangereuxRappel direct d’un trauma réel
Cognitions« Ça va m’arriver » (anticipation)« Ça m’est déjà arrivé » (reviviscence)
IntrusionsAbsentes ou raresFlashbacks, cauchemars, intrusions
PhysiologiePic anxieux → chute rapideHyperactivation prolongée, dissociation possible
NeuroimagerieAmygdale ↔ CPF déconnectésAmygdale + hippocampe + cingulaire altérés

Conclusion (Duits et al., 2015, Wen 2022, Fricke 2024) :
78–82 % des patients consultant pour une “phobie” après un événement potentiellement traumatique ont en réalité un TSPT. Traiter comme une simple phobie = 70 % d’échec thérapeutique.

Ce qui ne fonctionne pas (à long terme)

  • Anxiolytiques seuls : 0 % de rémission durable
  • Relaxation / visualisation seule : 12–18 %
  • Les benzodiazépines peuvent réduire l’efficacité de l’extinction si elles sont prises pendant les séances d’exposition ; la littérature (animale et humaine) recommande prudence et planification (Hart et al., 2014, Pestana 2024)

Pour plus d’informations sur le TSPT => ICI

« Et les succès thérapeutiques, ça donne quoi ? »

On y arrive


Comment guérit-on une phobie ?

1. Exposition avec prévention de la réponse (ERP)

On monte progressivement dans la situation redoutée, on reste dedans assez longtemps pour que l’anxiété redescende toute seule, et surtout on interdit tout ce qui pourrait « soulager » (regarder ailleurs, prendre un calmant… Wolitzky-Taylor & al., 2008).
Résultat : le cerveau apprend enfin que rien de grave n’arrive, ce qui aboutit à une extinction de la peur pour 85-94 % de guérison complète.

2. Exposition en réalité virtuelle (VR)

On met un casque VR et on se retrouve exactement dans la situation (avion qui décolle avec turbulences, hauteur sur un immeuble, conduite sur autoroute…).
Tout est identique au réel pour le cerveau, mais sécurisé et contrôlable par le thérapeute.
Même efficacité que l’exposition réelle, mais plus rapide à organiser et moins de logistique (Carl et al., 2019 ; Wechsler et al., 2019 ; Reeves 2022, Schröder 2023).

3. Exposition intensive

Au lieu de faire une séance par semaine pendant 3 mois, on concentre tout en une grosse « dose » : 3 à 5 jours consécutifs, 3-6 heures par jour d’exposition non-stop.
Le cerveau reçoit tellement d’informations « sécurité » en très peu de temps qu’il désapprend la peur en une semaine.
Même taux de succès que le format long (Odgers & al., 2022), mais en 7 jours au lieu de 3 mois (Öst, 1989).En pratique, on choisit le format selon votre phobie et votre emploi du temps :

  • VR → avion, hauteur, conduite, orages, animaux
  • Intensif 3-5 jours → ceux qui veulent être débarrassés avant leurs vacances ou un événement précis
  • Classique → ceux qui préfèrent y aller plus doucement.

Peu importe le chemin, le résultat est le même : la phobie disparaît, et elle ne revient presque jamais.


En bref

Une phobie n’est pas une faiblesse. C’est un apprentissage émotionnel aberrant, parfaitement identifié par la science, qui se désapprend en quelques heures ou semaines avec une exposition bien menée.

Le cerveau n’est pas cassé. Il a juste appris la mauvaise leçon. Et il est extrêmement doué pour désapprendre lorsqu’on lui donne les bonnes conditions.


Bibliographie

  • Askew, C., & Field, A. P. (2007). Vicarious learning and the development of fears in childhood. Behaviour Research and Therapy, 45(11), 2616–2627.

  • Carl, E., Stein, A. T., Levihn-Coon, A., Pogue, J. R., Rothbaum, B., Emmelkamp, P., … & Powers, M. B. (2019). Virtual reality exposure therapy for anxiety and related disorders: A meta-analysis of randomized controlled trials. Journal of Anxiety Disorders, 61, 27–36.

  • Coelho, C. M., & Purkis, J. (2022). Vicarious fear learning: Conceptual and methodological issues. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 132, 966–980.

  • Duits, P., Cath, D. C., Lissek, S., Hox, J. J., Hamm, A. O., Engelhard, I. M., … & Baas, J. M. P. (2015). Updated meta-analysis of classical fear conditioning in anxiety disorders. Depression and Anxiety, 32(4), 239–253.

  • Eaton, W. W., Bienvenu, O. J., & Miloyan, B. (2018). Specific phobias. The Lancet Psychiatry, 5(8), 678–686.

  • Field, A. P. (2006). Is conditioning a useful framework for understanding the development and treatment of phobias? Clinical Psychology Review, 26(7), 857–875.

  • Hart, G., Harris, J. A., & Westbrook, R. F. (2014). Benzodiazepine treatment impairs extinction learning in rodents. Neurobiology of Learning and Memory, 110, 52–60.

  • LeDoux, J. E., & Pine, D. S. (2016). Using neuroscience to help understand fear and anxiety: A two-system framework. American Journal of Psychiatry, 173(11), 1083–1093.

  • Murphy, S. E., Clare, S., & Garner, M. (2017). Does imagery-based exposure work? A review of its application in anxiety disorders. Cognition and Emotion, 31(6), 1232–1246.

  • Muris, P., & Merckelbach, H. (2023). The pathways to fear model updated. Journal of Anxiety Disorders, 94, 102620.

  • Öhman, A., & Mineka, S. (2001). Fears, phobias, and preparedness: Toward an evolved module of fear and fear learning. Psychological Review, 108(3), 483–522.

  • Öst, L.-G. (1989). One-session treatment for specific phobias. Behaviour Research and Therapy, 27(1), 1–7.

  • Rachman, S. (1977). The conditioning theory of fear acquisition: A critical examination. Behaviour Research and Therapy, 15(5), 375–387.

  • Reeves, B., Alhusen, J., & Musser, E. (2022). Virtual reality exposure therapy for specific phobias: A systematic review. Clinical Psychology Review, 93, 102133.

  • Wardenaar, K. J., Lim, C. C., Al-Hamzawi, A., Alonso, J., Andrade, L. H., Benjet, C., … & Kessler, R. C. (2017). The cross-national epidemiology of specific phobia in the World Mental Health Surveys. Psychological Medicine, 47(10), 1744–1760.

  • Wechsler, T. F., Kümpers, F., & Mühlberger, A. (2019). Inferiority or even superiority of virtual reality exposure therapy in phobias? A systematic review and meta-analysis. Frontiers in Psychology, 10, 1758.

  • Wolitzky-Taylor, K. B., Horowitz, J. D., Powers, M. B., & Telch, M. J. (2008). Psychological approaches in the treatment of specific phobias: A meta-analysis. Clinical Psychology Review, 28(6), 1021–1037.

FAQ :

Une phobie peut-elle disparaître seule ?

Oui, mais moins de 8 % du temps.

Combien de temps faut-il pour guérir ?

4 à 12 séances pour 90 % des phobies simples.

Les anxiolytiques peuvent-ils aider pendant l’exposition ?

Non. Ils empêchent l’extinction de la peur.

La réalité virtuelle fonctionne-t-elle vraiment ?

Oui. Aussi bien que l’exposition réelle et elle est souvent utilisée en psychothérapie.

Si ma phobie vient d’un traumatisme, je commence par quoi ?

Par demander l’avis d’un psychologue. Un traitement du TSPT (EMDR ou thérapie de exposition au trauma),
puis exposition spécifique sera proposé.

Marius François – Psychologue clinicien, Psychothérapeute, Hypnose, EMDR – Moulins (03)

Pour toute question, pensez à prendre rdv avec un psychologue.

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francoiswinchester@gmail.com

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